Claude Rouget

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Xavier Marmier à Tromsø

L'expédition française de «la Recherche»

De 1836 à 1839, l'écrivain français Xavier Marmier (1808-1892) parcourt le nord de l'Europe, s'intéressant tout autant aux langues scandinaves qu'aux peuples qui les parlent. En 1838 et 1839, il accompagne «La Recherche», une expédition scientifique française au Spitzberg. En juin 1838, il voyage seul jusqu'à Trondheim, pour y rejoindre la corvette «La Recherche». Mais le vaisseau français est surchargé et il s'embarque alors sur le «Prince Gustave», un bateau à vapeur mis en service au mois de mars de la même année.

Xavier Marmier

Avec Xavier Marmier, quatre membres de l'expédition, dont trois Français qui à des titres divers vont se faire remarquer pendant leur court séjour à Tromsø: le dessinateur Auguste Mayer et les botanistes Charles Martins et Raoul Anglès (ces deux derniers profitent de l'escale de deux jours pour faire l'ascension du Tromsdalstind; ils laissent entre deux pierres un papier portant leur nom). Tandis que «La Recherche» navigue au large, les quatre Français longent la côte jusqu'à Hammerfest, où ils retrouveront la corvette.
   A son retour en France, après avoir traversé la Laponie à pied et à cheval en août 1838 et de nouveau en 1839, il rédige ses notes de voyage et publie en 1840 ses Lettres sur le Nord. Marmier s'est plu en Scandinavie, c'est sûr. Dans l'avant-propos de ses Lettres sur le Nord, il avoue volontiers:

Dès mon arrivée sur les rives de la mer Baltique, je sentis s'éveiller en moi je ne sais quelle tendre et mélancolique sympathie pour ces contrées pittoresques que j'allais traverser, pour ces pauvres et honnêtes populations au milieu desquelles j'allais vivre. J'aimais [...] ces hautes montagnes du Nord aux flancs nus, aux sommités couvertes de neiges perpétuelles, et ces chalets dispersés comme autant de riantes pensées le long de la côte sablonneuse, ou sur le flanc de la colline aride, et tous ces habitans de la ville et des campagnes à l'âme franche, au regard candide, qui venaient à moi avec tant de cordialité et semblaient si joyeux et si touchés en m'entendant parler leur langue.

Voyage avec le «Prince Gustave» et escale à Tromsø

Marmier décrit ainsi son voyage à bord du «Prince Gustave»:

Autrefois il fallait un mois au moins pour aller de Hammerfest à Drontheim. Maintenant le bateau à vapeur va de Drontheim à Hammerfest en huit jours. C'est le gouvernement qui l'a fait construire et qui l'entretient. [...] Depuis qu'il existe, il n'y a plus aucun mérite à voyager le long de ces mers orageuses et de ces côtes arides. On trouve sur le bateau à vapeur un salon élégant, des couchettes commodes, et un restaurateur qui se fait gloire d'apporter avec lui une ample provision de vins de France. [...] On s'en va ainsi de Drontheim à Hammerfest entre des livres et des journaux, sur un canapé de soie, dans un salon de bonne compagnie.

le vapeur Prince Gustave

Après quelques jours à bord du «Prince Gustave», Marmier et ses compagnons arrivent à Tromsø, où le bateau fait une escale de deux jours. Dans son livre, l'écrivain dédie de nombreuses pages à Tromsø, qui ne lui réserve que de bonnes surprises. D'abord il fait une description précise de la situation démographique, économique et administrative de la ville:

En 1801, on ne comptait encore à Tromsø que 150 habitans; aujourd'hui il y en a près de 1400. En 1837, il est entré dans le port de cette ville trente-neuf bâtimens russes, trois hollandais, six danois, cinq hambourgeois, deux suédois, six brêmois. Ils apportaient du blé, du chanvre, des denrées coloniales, et ils sont repartis emportant du poisson sec, de l'huile de poisson, des peaux de chèvres, de rennes, de renards, et de l'édredon. Tromsö est le chef-lieu de Finmark, la résidence de l'évêque et du gouverneur; le district de l'évêque s'étend jusqu'à l'extrémité du nord; il doit parcourir à certaines époques tout son diocèse, visiter les écoles, entrer dans toutes les baies où il y a une église. C'est un voyage pénible, auquel il consacre les mois d'été, et qu'il n'achève guère que dans l'espace de quatre ans.

L'architecture de Tromsø au milieu du XIXe siècle fait aussi l'objet d'une description minutieuse:

Tromsö est, comme toutes les villes de Norvège, complètement bâtie en bois. Auprès de l'église sont rangées les petites cabanes que les paysans du district ont eux-mêmes construites pour avoir un refuge quand ils viennent de quinze ou vingt lieues assister le dimanche à l'office. Plus loin sont les habitations des marchands; il y a une certaine coquetterie dans leur ameublement et dans la peinture qui les décore; le luxe de la civilisation a passé depuis longtemps le cercle polaire.

Cabanes de pêcheurs à Tromsø (1838), par Auguste Mayer

Mais ce qui impressionne le plus l'homme de lettres et futur académicien Xavier Marmier à Tromsø, c'est la vie culturelle de cette petite cité fort éloignée du reste de l'Europe:

Dans cette ville de Tromsö, située au soixante-dixième degré de latitude, habitée par une vingtaine de marchands et quelques familles de manœuvres, qui le croirait? il y a une école latine, deux sociétés de lecture, une société d'harmonie et une société dramatique. [...]
    L'école latine compte une trentaine d'élèves. Trois professeurs y enseignent l'histoire, la géographie, l'allemand, le français, l'anglais, le grec et l'hébreu. Les maîtres, aidés par quelques souscriptions volontaires, ont eux-mêmes formé une bibliothèque classique dont la gestion est abandonnée aux élèves.
    Les deux sociétés de lecture se composent d'une quarantaine de membres. La première, fondée en 1818, a déjà réuni onze cents volumes. La seconde est abonnée aux principaux journaux d'Allemagne, de Suède et de Danemark.
    La société musicale donne chaque hiver quatre grandes soirées et quelques soirées extraordinaires au bénéfice des pauvres.
    La société dramatique compte au nombre de ses membres toute la société de la ville, hommes et femmes.

Xavier Marmier ne laisse aucun doute sur ses sentiments positifs à l'égard de Tromsø, quand il conclut:

J'étais entré à Tromsö plein de curiosité, j'en sortis avec un sentiment de regret. Dans les maisons où l'on m'avait admis, mes yeux n'avaient pas reconnu le luxe d'un salon parisien; sur la table dressée devant nous on ne voyait ni les römer des bords du Rhin, ni les coupes roses de Bohême, mais j'avais rencontré partout un regard bienveillant, j'avais senti une main affectueuse se reposer dans la mienne comme une main de frère; c'était là ce que je regrettais.

En somme, quelque chose de bien différent de la description de Tromsø que fera Léonie d'Aunet un an plus tard...

Notons enfin que Xavier Marmier avait aussi un rapport positif à l'égard de la culture lapone, alors jugée comme primitive. Le lapon est d'ailleurs une des douze langues que Marmier aurait appris, d'après sa biographe Wendy S. Mercer.


Références bibliographiques
  • Marmier, Xavier. Lettres sur le Nord : Danemark, Suède, Norvège, Laponie et Spitzberg. Paris : H.L. Delloye, éditeur, 1840.
  • Knutsen, Nils Magne et Posti, Per. La Recherche, une expédition vers le Nord. Tromsø : Editions Angelica, 2002.
  • Mercer, Wendy S. The Life and Travels of Xavier Marmier (1808–1892) : Bringing World Literature to France. Oxford : University Press, 2007.
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no  Norske sider
 


Liens externes

  L'expédition de La Recherche (1838-1839)
par Einar-Arne Drivenes, Université de Tromsø

  Illustrations de l'Atlas pittoresque
numérisées par les Archives d'État de Bergen

  Biographie de Xavier Marmier
par Michel Renaud

  Liste des œuvres de Xavier Marmier
par l'Académie française

© Texte: Claude Rouget (2004, 2008)