Claude Rouget

claude.rouget.org

fr Bienvenue sur mon site ! fr

 


Livja Flood – de Tromsø à Paris

Livja Flood

Dans la série des écrivains qui ont laissé des traces de leur passage à Tromsø, Livja Flood (pseudonyme pour Liv Ingebjørg Olsen) occupe une place à part. Peu connue dans son pays d'origine, elle a écrit des romans en norvégien et en français et traduit des contes lapons et norvégiens dans sa langue d'adoption.

Liv Ingebjørg Olsen est née à Tromsø en 1909, mais elle quitte le Paris du Nord pour le vrai Paris vers 1930 pour étudier le français à la Sorbonne et l'histoire de l'art à l'Ecole du Louvre.

Peintre et femme de peintre

Livja Flood fut un peintre reconnu de son temps, puisqu'elle a participé à des expositions aussi bien en France, que dans son pays d'origine, la Norvège et même en Asie, en Afrique et en Amérique du Sud. Sa première exposition a eu lieu à Oslo en 1958, mais elle a exposé aussi à trois reprises dans sa ville natale de Tromsø et une fois dans le sud de la Norvège, à Sandefjord. Elle était par ailleurs mariée avec le peintre et sculpteur d'origine russo-arménienne Leonardo Bounatian-Benatov (1899-1972), qu'elle avait rencontré à l'Académie de la Grande Chaumière où il avait été son professeur.

Reconnue par des prix littéraires (par exemple le Grand Prix littéraire de la nouvelle féminine écrite en français par un auteur étranger) aussi bien que des prix de peinture (entre autres le Prix de Peinture de la Côte d'Azur et le Prix International d'Abidjan), Livja Flood a illustré elle-même plusieurs de ses livres, notamment La nuit du temps.

Romancière en deux langues

Aina (illustration de «La nuit du temps» par Lijva Flood)

C'est surtout dans le domaine littéraire que Livja Flood a laissé les traces les plus durables. Elle a publié une quinzaine de romans, dont environ la moitié dans sa langue maternelle. Le premier roman, Ungkarsbruden, est paru à Oslo en 1937. Les autres livres écrits en norvégien paraissent entre 1950 et 1959. A partir de 1963, Livja Flood écrit directement en français. Dans Le trèfle à quatre feuilles, elle met en scène quatre jeunes filles à Tromsø. Elle s'emploie à décrire un paysage et un climat inconnus pour les Français:

Les quatre amies habitaient la ville de Tromsœ à 70 degrés-nord, et qui était considérée comme la porte de la mer Arctique. Les enfants que l'on chérit possèdent plusieurs noms, aussi les habitants appelaient-ils leur ville tantôt le paradis du nord, tantôt le Paris du nord, sans bien savoir s'il s'agissait d'un chauvinisme débordant ou d'une faute d'orthographe.
   L'été, souvent imité par les habitants, le soleil de minuit brille des nuits entières; jamais il ne se couche. En revanche, l'hiver, les jours sont aussi noirs que les nuits; pendant deux mois, l'on est privé de soleil. Toutefois, la lune règne alors dans toute sa splendeur; les étoiles sont lumineuses, immenses, et paraissent toutes proches. Le ciel semble troué par une lumière intense. Et comme si Dieu avait voulu suppléer davantage encore l'absence des rayons du soleil, l'aurore polaire zigzague sur ce ciel bleuté, avec une intensité de couleurs que l'on ne peut voir nulle part ailleurs. Le Gulf Stream empêche la mer de geler, mais quand le vent souffle du nord-ouest, l'haleine glaciale du pôle durcit la neige, et l'on voit souvent les bateaux, comme des spectres blancs, accoster les quais, si lourds de glace qu'il faut une hache pour libérer le mât de son poids redoutable.

Dans le même livre, elle mentionne la célèbre visite du duc d'Orléans au cap Nord:

Le soleil de minuit brillant au cap Nord figurait au programme de toutes les agences de voyage; [...] Une fois reposée, Doucki reprit sa course et elle ne tarda pas à atteindre le but. Se promener sur le plateau était délicieux, et elle courut vers les monuments qui se dressaient devant elle. La pierre était couverte d'inscriptions. Doucki prit son canif, et grava ses initiales au bas du buste de Louis-Philippe, qui avait visité cette région en 1795, alors qu'il n'était encore que duc de Chartres.

Livja Flood a également écrit des contes lapons (La nuit du temps, 1977), et traduit des romans norvégiens en français, notamment Les feux de l'été de Nils Johan Rud. En dehors de ses propres écrits, Livja Flood collaborait avec des éditeurs français pour diffuser la littérature norvégienne, de même qu'elle aidait la maison d'édition norvégienne Gyldendal à se mettre en contact avec des auteurs français dignes d'être traduits dans la langue d'Ibsen.


Références bibliographiques
  • Adrian, Hans Christian. ROSA-minneord. In Nordlys, 30 octobre 1995. (nécrologie de Livja Flood)
  • Flood, Livja. Le trèfle à quatre feuilles. Paris : Editions Fernand Nathan, 1965
  • Flood, Livja. La nuit du temps : Contes et nouvelles de Laponie. Paris : Editions Etapes, 1977
  • Gauthron, Bernard. «Dépaysement» de l'artiste norvégien Livja Flood. In L'amateur d'art N° 567 – Jeudi 2 octobre 1975
eo  Esperantaj paĝoj
no  Norske sider
 


Lien interne

  «Dépaysement» de l'artiste norvégien Livja Flood, dans L'amateur d'art N° 567 (02.10.1975)


Liens externes

  Production littéraire de Livja Flood en norvégien (Nasjonalbiblioteket)

  Tromsø i litteraturen
Livja Flood (1909-1995)

  Académie de la Grande Chaumière

© Texte: Claude Rouget (2008);