Claude Rouget

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Mayer, Biard, Balke à Tromsø

Auguste Mayer, François-Auguste Biard et Peder Balke: trois peintres qui sont liés d'une manière ou d'une autre à la France et à l'histoire artistique de Tromsø.
    Auguste Mayer, dessinateur et illustrateur officiel de l'expédition scientifique de « La Recherche » en 1838, s'est arrêté pendant deux jours à Tromsø, et a laissé quelques esquisses remarquables et reproduites dans de nombreux ouvrages norvégiens.
    François-Auguste Biard, peintre favori du roi Louis-Philippe, a accompagné la deuxième expédition de la corvette « La Recherche » en 1839. Il n'a apparemment pas laissé de tableau de Tromsø, malgré son séjour dans cette ville (aussi court que celui de Mayer un an auparavant).
    Peder Balke a fait le trajet inverse. En 1847, il séjourne à Paris, rencontre le roi Louis-Philippe, auquel il fait commander de nombreux tableaux représentant divers endroits de Norvège, dont une « Vue de Troms-Öe ».

Auguste Mayer, illustrateur de « La Recherche »

Etrangement Auguste Mayer est le seul des trois artistes recensés ici, qui soit absent des collections permanentes du Musée des Beaux-Arts de Tromsø. Pourtant ce n'est pas faute d'avoir été reproduit maintes fois dans des ouvrages sur l'histoire de la Norvège du Nord, ou même sur Internet.

Mont Tromsdalstind, vue prise de Trsomöe (1838), par Auguste Mayer

Dans son livre sur « La Recherche », Nils M. Knutsen donne quelques éléments biographiques sur Mayer: « Né à Brest en 1805, Auguste Etienne François Mayer peignit principalement des paysages et des marines, avec les batailles navales comme spécialité. [...] Mayer fut de l'expédition de la Recherche en 1838, et sur les 126 lithographies de l'Atlas historique et pittoresque (1852) consacrées à la Norvège et au Spitzberg, on lui en doit 94. [...] Auguste Mayer exposa toute sa vie au Salon de Paris, et il est représenté dans de nombreux musées français. Il mourut dans sa ville natale de Brest en 1890. »

François-Auguste Biard, peintre de la Cour

Le peintre François-Auguste Biard, pourtant favori du régime sous Louis-Philippe a laissé peu de traces dans l'histoire de l'art en France. Des tableaux ici et là, mais peu de biographies ou même d'articles spécialisés. C'est d'autant plus surprenant de trouver trois de ses œuvres au Musée des Beaux-Arts du Nord de la Norvège, à Tromsø. Il faut dire que Biard, nommé plus ou moins peintre officiel de l'expédition « La Recherche » en 1839, profita de son voyage jusqu'au Spitzberg pour faire de nombreuses esquisses. On retrouve ainsi ses paysages et ses personnages dans de nombreux tableaux qu'il peindra à son retour à Paris, dans son atelier ou même sur les murs du vestibule du Musée d'Histoire naturelle, au Jardin des Plantes.
    Les péripéties de son voyage vers le Grand Nord, puis en Laponie, en compagnie de sa fiancée Léonie d'Aunet sont racontées avec beaucoup de verve dans le livre de celle-ci: Voyage d'une femme au Spitzberg.
    Si François-Auguste Biard est aujourd'hui oublié, il a une place importante au Musée des Beaux-Arts de Tromsø. Anne Aaserud, directrice du Musée, cite dans un article intéressant sur Biard une anecdote publiée par le professeur d'histoire de l'art en Norvège, Lorentz Dietrichson, en 1878:

Le célèbre peintre français Biard [...] visita notre pays et fut si enthousiasmé par le spectacle de sa nature qu'il promit pour lui rendre honneur de faire don d'un grand tableau à notre Galerie Nationale. L'aimable Français adressa sa généreuse offre aux autorités norvégiennes. Il ne reçut jamais de réponse. En Norvège, fut-il expliqué plus tard, il n'était pas d'usage de remercier pour une simple proposition. Les autorités n'étaient pas censées savoir que Biard était l'un des plus grands peintres français; il aurait pu s'agir d'un charlatan. N'ayant reçu aucune réponse à son offre, le Français habitué aux règles de la courtoisie la considéra comme nulle et non avenue. Alors seulement, cette affaire fit grand bruit dans les journaux. Trop tard! Notre Galerie Nationale ne reçut jamais cette belle toile, car il n'était pas d'usage en Norvège de remercier pour les offres.

Le Musée des Beaux-Arts de Tromsø possède trois tableaux de Biard: Combat contre des ours blancs, vers 1839 (huile sur toile) 50 x 62 cm; Campement en Laponie, vers 1840 (huile sur toile) 61 x 46 cm et le tableau reproduit ci-dessous: Le Pasteur Læstadius instruisant les Lapons, vers 1840 (huile sur toile) 131 x 163 cm.

Le Pasteur Laestadius instruisant les Lapons (1840), par François-Auguste Biard

Anne Aaserud mentionne dans son article qu'« à l'arrière-plan, on aperçoit un skieur et un chien. C'est là l'une des toutes premières représentations d'un skieur en peinture et c'est seulement 40 ans plus tard que la neige et les skieurs deviendront un thème familier pour les artistes norvégiens. »

Peder Balke, interlocuteur de Louis-Philippe

Peintre de paysages norvégiens, Peder Balke est peu connu à l'étranger, et particulièrement en France, du moins jusqu'au 4 juillet 2001, date à laquelle l'Aile Rohan du Musée du Louvre ouvra ses portes sur une nouvelle exposition comprenant entre autres 28 tableaux de Peder Balke, peints ou du moins finis à Paris en 1847.
    Peder Balke est originaire du sud de la Norvège, mais il a passé l'été 1832 dans le nord de son pays (de Trondheim au Cap Nord) et en a rapporté de nombreuses esquisses qu'il exploita le reste de sa vie.
    Il semble que Balke, en arrivant à Paris avec sa famille en janvier 1847, avait déjà en tête une idée bien définie: vendre au roi Louis-Philippe une série de tableaux sur la Norvège. Il écrivit lui-même la lettre suivante, traduite en français par des amis résidant à Paris:

A Sa Majesté Louis-Philippe, Roi des Français

Daignez écouter Sire, ce qu'un peintre étranger expose à Votre Majesté. [...] Comme norvégien, je me suis appliqué surtout à peindre des vues et des paysages de mon pays montagneux, pays qui offre tant de scènes de grandeur et de désert. J'ai trouvé un intérêt particulier à parcourir le Nordland et le Finmarck, provinces les plus septentrionales de ma patrie, pour que l'art en puisse profiter, là où les îles, les rochers et les écueils avec leurs sauvages nudités, en conflit avec la mer, étonnent au même degré le studieux peintre et le voyageur épouvanté. C'est dans ces lieux où l'on prononce le nom de Votre Majesté avec vénération et avec intérêt pour un peuple à moitié sauvage mais honnête et bien pensant, qui ne pouvait prévoir il y a un demi siècle que le modeste voyageur qui se trouvait parmi eux et qui, par ses bontés, gagna leur estime et respect, et leur amour, était destiné à la suite, à monter sur un des plus brillants des trônes. Je demande mille pardons à Votre Majesté que j'ose mentionner ce temps qui n'est plus mais qui était si riche en douleurs; je le fais parce que je crois que Votre Majesté conserve dans sa bienveillante mémoire la pensée de notre patrie si éloignée et de ses habitants simples. Nous, Norvégiens, nous nous berçons dans l'espoir que sa Majesté le Roi des Français est ami de notre Patrie; je le fais parce que j'espère que Votre Majesté reverra avec intérêt en peinture imparfaite quelques endroits où vous passiez un temps de votre jeunesse et parce que je suis assez heureux de posséder différentes vues de ces endroits; peintures faites avec mon propre pinceau et que je supplie Votre Majesté de vouloir bien me permettre de vous les montrer.

Il faut croire que Louis-Philippe avait un très bon souvenir de la Norvège, où il avait effectivement voyagé incognito (jusqu'au Cap Nord) en 1795, puisqu'il accepta non seulement de rencontrer Peder Balke, mais il lui commanda aussi 33 tableaux, dont près de la moitié sont des paysages du nord du pays (entre autres la vue de Tromsø ci-dessous).

Vue de Troms-Öe (1847), par Peder Balke

Peder Balke, qui ne maîtrisait pas le français, s'entretint avec le roi pendant plusieurs heures, en partie en norvégien, en partie en allemand. Il semble que Louis-Philippe lui ait promis l'achat d'autres œuvres, une promesse qui n'a pu être honorée à cause de la Révolution de 1848 et de la fuite du roi en Angleterre.


Références bibliographiques
  • Aaserud, Anne. Le peintre de cour et le prédicateur – Trois peintures de François-Auguste Biard dans les collections du Musée des Beaux-Arts de la Norvège du Nord dans « Un peintre norvégien au Louvre ». Oslo : Novus Press, 2006.
  • Foucart-Walter, Elisabeth. Peder Balke et Louis-Philippe – une étonnante acquisition du Roi des Français dans « Un peintre norvégien au Louvre ». Oslo : Novus Press, 2006.
  • Knutsen, Nils Magne et Posti, Per. La Recherche, une expédition vers le Nord. Tromsø : Editions Angelica, 2002.
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Liens externes

  Auguste Mayer
dans le catalogue collectif des collections des musées de France

  Illustrations de l'Atlas pittoresque
numérisées par les Archives d'État de Bergen

  François-Auguste Biard
dans le catalogue collectif des collections des musées de France

  Louis-Philippe au Cap Nord, août 1795
peint par François-Auguste Biard (1841)

  Peder Balke
dans le catalogue collectif des collections des musées de France

  Un peintre norvégien au Louvre
présentation du livre sur Peder Balke en français

  Musée des Beaux-Arts de Tromsø

© Texte: Claude Rouget (2007)